Il suffit d’un rien

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Ce matin, j’ai emmené ma fille à l’école en voiture. Sur le trajet, la première personne que nous avons vue après avoir quitté la maison était une femme de dos qui marchait sur le trottoir, de l’autre côté de la route. Sans même avoir encore aperçu son ventre gonflé, j’ai tout de suite su qu’elle portait la vie. Sa démarche est probablement ce qui m’a mise sur la voie mais je reste persuadée que j’ai développé le super pouvoir de détecter les femmes enceintes les yeux fermés. Je ne parviens toujours pas à me réjouir pour les futures mamans. Mon côté bienveillant a beau me rappeler à l’ordre, la vue de femmes enceintes fait naître en moi un mélange de sentiments assez désagréables. A la jalousie s’ajoute souvent un soupçon de haine à leur encontre, sentiments qui laissent très vite place à de la nostalgie, celle de l’époque révolue de ma grossesse récente. Malgré cet épisode, la matinée a suivi son cours.

Après avoir déposé ma fille à l’école, je suis retournée chez moi et j’ai accompagné à la gare mes parents qui étaient venus nous rendre visite quelques jours. En retournant à ma voiture après le départ de leur train, une surprise dont je me serais bien passée m’attendait sur le pare-brise… Ayant oublié de passer par l’horodateur pour justifier de mon heure d’arrivée sur une place dépose-minute, j’ai écopé d’une amende de 20 euros. C’en était déjà trop pour la journée. J’ai repris le volant et je me suis mise à jurer. Puis à pleurer. Mes pleurs ont rapidement pris la forme de sanglots. Et puis le soupçon de haine que j’avais ressenti un peu plus tôt mais que j’avais réussi à ravaler a pris le dessus et j’ai cogné du poing sur mon volant. Je ne sais pas si c’est la douleur ou le fait que l’essuie-glace se soit mis en route qui a calmé cette accès de violence sur ma voiture (qui n’avait pourtant rien fait de mal). En tout cas, après encore quelques sanglots, le calme est revenu en moi. J’ai beau essayer de toujours voir la vie du bon côté, de positiver et de relativiser, il y a des moments où la moindre contrariété fait tout déborder. Tant pis pour mon poignet. Et tant pis pour mon volant.

Et puis en fin de matinée, il y a eu ce dernier rendez-vous avec la sage-femme chez qui j’ai effectué ma rééducation périnéale. Malheureusement, avoir accouché d’un enfant sans vie ne change rien au fait de devoir en passer par là… Avant d’entrer dans son cabinet, la brume matinale d’automne ne s’était pas encore complètement levée, ce qui reflétait parfaitement mon humeur du jour. Je n’ai pas choisi cette sage-femme par hasard. En effet, c’est elle qui, à la toute fin de ma grossesse, avait réalisé les quelques monitorings de contrôle  qui m’avaient été prescrits par ma gynécologue. C’est donc avec elle que j’ai entendu pour la toute dernière fois les battements du cœur d’Alice. Lorsque je l’ai revue début septembre pour commencer ma rééducation, elle a eu l’honnêteté de me dire avec beaucoup de gentillesse et sans me forcer la main, qu’elle ne verrait aucun inconvénient à ce que je change de sage-femme si la revoir m’était trop difficile car renvoyait forcément à ma grossesse. Même si le fait de la revoir a inévitablement réveillé ma douleur et mes larmes, j’ai tout de même souhaité continuer avec elle pour la simple et bonne raison qu’Alice existera toujours un peu à travers elle. Et je ne regrette pas ce choix car lors de notre rendez-vous de ce matin, elle a eu des mots et une attitude particulièrement touchants à mon égard. L’espace d’un instant, son masque est tombé et j’ai vu la personne derrière la professionnelle. Elle m’a prise dans ses bras et nous nous sommes quittées. Oubliée la femme enceinte sur le trottoir, oubliée l’amende. Je suis ressortie de son cabinet habitée par un nouvel élan de vie et le cœur réchauffé par la bienveillance de cette (sage-)femme. La brume avait disparu et laissé la place à la douce chaleur d’un rayon du soleil.

 

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